5 questions sur l’utilisation des pesticides à base de chlordécone dans les Antilles françaises

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Une bananeraie dans les Antilles françaises. UGPBAN

1. Qu’est-ce que le chlordécone?

La chlordécone est un pesticide toxique utilisé pour traiter les bananes. Il a été classé cancérogène par l’ Organisation mondiale de la santé en 1979. Les États-Unis ont imposé une interdiction deux ans plus tôt, mais il a fallu attendre jusqu’en 1990 pour que la France interdise le chlordécone. Les planteurs des îles des Caraïbes françaises de la Guadeloupe et de la Martinique ont été autorisés à continuer d’utiliser du chlordécone jusqu’en 1993.

2. Pourquoi le chlordécone a-t-il été utilisé en Guadeloupe et en Martinique?

Les plantations de bananes sur les deux îles ont été fortement touchées par un charançon dans les années 1970. L’insecte originaire d’Asie du Sud-Est s’enfouit dans le tronc d’un bananier et l’efface parfois. La Guadeloupe et la Martinique dépendent fortement de la production de bananes et exportent plus de 270 000 tonnes par an, dont 70% sont vendues en France métropolitaine. Les planteurs ont exercé de fortes pressions pour pouvoir utiliser la chlordécone afin de protéger le secteur lucratif de la banane, qui emploie plus de la moitié des ouvriers agricoles des deux îles.

3. Quels sont les effets du chlordécone sur la santé humaine et l’environnement?

La chloredecone a été utilisée avec une telle utilisation en Guadeloupe et en Martinique pendant presque plusieurs décennies qu’elle a été trouvée dans le sol, les rivières, les eaux côtières, ainsi que dans les tissus animaux et humains. Selon un document publié par le ministère de la Santé en 2018, environ 95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais ont des traces de chlordécone dans leurs tissus corporels.

La chloredecone est ce que la science appelle un “perturbateur endocrinien”. Sébastien Denys, haut responsable de la santé publique en France, a déclaré au journal Le Monde que «même de petites quantités de chlordécone dans les tissus corporels peuvent avoir des conséquences sur la santé». L’exposition au chlordécone augmente le risque d’accouchement prématuré, d’arrêt du développement cognitif et de troubles moteurs chez les enfants.

Il n’y a pas de lien prouvé entre l’exposition au chlordécone et le cancer de la prostate, mais les taux de cette maladie sont deux fois plus élevés en Guadeloupe et en Martinique qu’en France métropolitaine. Une étude publiée en mars auprès de 327 patients atteints de cancer de la prostate en Guadeloupe a révélé que les hommes qui y avaient été exposés au chlordécone étaient deux fois plus susceptibles d’être en rémission.

Bien que l’utilisation du chlordécone ait été interdite dans les Caraïbes françaises il y a plus de deux décennies, il peut rester dans certains types de sol pendant sept siècles.

4. Comment l’Etat français a-t-il réagi à l’utilisation du chlordécone?

Une commission parlementaire a publié ses conclusions le 25 novembre, selon lesquelles le gouvernement français avait toujours manqué de réagir aux avertissements concernant les conséquences pour l’environnement et la santé de l’utilisation de la chlordécone dès 1969.

En 1991, l’UE a publié une directive invitant la France à interdire l’utilisation du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique. Mais deux ministres de l’agriculture successifs du gouvernement de François Mitterrand ont choisi de déroger à ces directives, selon la commission parlementaire, qui a également imputé le “lobbying intense” des planteurs des deux îles. Il a également constaté que certains élus des deux îles avaient fait pression pour autoriser l’utilisation de la “molécule miracle” afin de préserver le bien-être économique de la Guadeloupe et de la Martinique.

En juillet, le Conseil représentatif des associations de Noirs de France a poursuivi le gouvernement français après la révélation de la disparition de toutes les archives concernant le chlordécone.

5. Que va-t-il se passer maintenant?

Justine Benin, présidente de la commission parlementaire, recommande de verser une indemnité aux ouvriers agricoles et aux pêcheurs dont les moyens de subsistance ont été considérablement réduits par l’utilisation de la chlordécone.

Le Bénin demande également qu’un projet de loi qui indemniserait les personnes tombées malades soit renforcé avant son vote au parlement en 2020.

La Commission a recommandé de mener une étude scientifique approfondie axée à la fois sur les mesures préventives possibles et sur l’étendue des dommages causés par le chlordécone.

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